Les articles scientifiques traitant des innovations médicales et biologiques en français occupent très peu les colonnes des revues biomédicales du monde. A l’origine, une langue anglaise impérialiste. Une situation à laquelle cette Afrique ‘marginale’ veut surmonter.
En matière d’écrits scientifiques, les anglophones ont largement pris le pas sur les francophones. La preuve, c’est que chaque année, dans le monde, quelque 25 mille revues biomédicales publient des millions d’articles scientifiques sur des innovations médicales et biologiques. Mais, la majorité des écrits émanent des Etats-unis. Les Américains ont, en effet, publié un million 140 mille articles scientifiques entre 2005 et 2009 concernant des innovations de la recherche médicale et biologique dont 250 mille publications sur l’année 2009. Ces statistiques ont été rendues publiques, hier, à Dakar par le Pr Souleymane Mboup, en comparaison à l’Afrique dont les publications scientifiques annuelles dans le domaine représentent moins de 2 %. Une situation dont semble ne pas être fier le Pr Mboup pour qui, l’apport de l’Afrique, dans la recherche mondiale, demeure marginal en dépit des nombreuses potentialités offertes par ce continent.
Responsable du Laboratoire bactériologie-virologie (Lbv) de l’hôpital Aristide Le Dantec, le Pr Mboup s’exprimait lors d’un atelier francophone de rédaction d’articles scientifiques organisé par la société africaine de médecine de laboratoire (Aslm) et le West african network against Aids, Tb and Malaria (Wanetam). Le premier du genre, selon les organisateurs.
Parmi les atouts des anglophones dans la production d’articles scientifiques dans le domaine de la médecine, figure le déclin de la langue française dans les publications scientifiques et techniques dans le monde. Et plus, fait constater le Pr Mboup, les francophones assistent à l’envahissement au sein même de leur communauté de l’anglais dans les publications, les communications scientifiques et techniques. Idem dans les activités de recherche. ‘Pour un grand nombre de scientifiques, notamment ceux des sciences exactes et appliquées, publier en français les résultats de leurs recherches dans des revues scientifiques et techniques de calibre international est devenu une entreprise pour laquelle on s’expose à ne pas être diffusé, recensé et connu’, révèle le patron du Laboratoire bactériologie-virologie de l’hôpital Aristide Le Dantec de Dakar.
La dernière compilation des données sur l’utilisation du français dans les publications scientifiques et techniques au Québec indique que, de 1980 à 1983, près de trois publications sur quatre faites par des chercheurs travaillant dans les organismes rattachés aux universités francophones et aux instituts de recherche québécois sont en langue anglaise. La même source d’ajouter que dans certains domaines, par exemple, les sciences physiques et mathématiques, 90 % des publications sont faites en anglais. L’institut du cancer de Montréal et l’institut de recherche en énergie d’Hydro-Québec publient presque entièrement en anglais, soit à 92 %.
Pourtant ces publications sont d’une importance telle que leur diffusion au sein de la communauté scientifique permet au chercheur d’être reconnu par ses pairs, et de recevoir en retour les moyens nécessaires à la poursuite de son travail. Mais au-delà, pense le conseiller technique N°2 au ministère de la Santé, Ousseynou Bâ, ‘il demeure fondamental que les résultats de la recherche soient publiés pour que les décideurs que nous sommes et les populations puissent se l’approprier’.
C’est ainsi que pendant 12 jours, les participants francophones à cet atelier venus d’Afrique seront encadrés par des mentors anglophones qui ont une expertise avérée dans la rédaction d’articles scientifiques. Au terme de cette rencontre, ces scientifiques formés devront avoir un article prêt pour être publié au ‘Journal africain de la médecine de laboratoire’. L’intérêt de cet exercice étant pour les participants de renouveler leurs connaissances aux rudiments de la publication des résultats de leurs recherches à travers des revues scientifiques aussi bien anglaises que françaises.
Abdoulaye SIDY
Source : Groupe Walf Fadjri
Aucun commentaire • commenter cet article
Après une longue période d’hégémonie linguistique, on voit peu à peu apparaître une prise de conscience de la menace pesant sur les langues du monde et une ouverture vers une reconnaissance de la diversité linguistique comme facteur de développement durable.
Créé par l’Union latine, et au début tourné vers la description des langues des pays latins, Portalingua se veut aujourd’hui un espace transparent d’information, de réflexion et de discussion sur le comportement des langues du monde dans la société de la connaissance (cyberespace, sciences, techniques, organisations internationales, traduction, etc.). Il prétend susciter un frein au quasi-monolinguisme régnant dans de nombreux secteurs…

Fondée en 1954, l’Union latine est une organisation internationale regroupant 37 États membres qui œuvre pour la diversité culturelle et le multilinguisme.
Inscrivez-vous pour être tenu informé de nos activités :
avec le soutien du ministère de la Culture et de la Communication (Délégation générale à la langue française et aux langues de France - DGLFLF).